les canons à neige assécheraient les Alpes ?

Publié le par Leroy Pierre

Les canons à neige assécheraient les Alpes

Par Elisabeth Studer

Publié par : http://www.leblogfinance.com/2007/04/les_canons_neig.html
Le : 19 avril 2007

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Nous vous en touchions déja quelques mots (maux ?), les choses se précisent.

Selon l'avertissement lancé mardi à Vienne par Carmen de Jong,
chercheuse allemande à l'Institut de haute montagne de l'Université de
Savoie, l'enneigement artificiel des pistes de ski menace d'assècher les
Alpes.

Pour rappel, un canon à neige est un dispositif permettant de fabriquer
de la neige mécaniquement à partir d'eau, d'air et de basse température.
Le principe est simple : en mélangeant de l'air comprimé à de l'eau et
en le projetant au froid, on obtient de la neige qui se dépose sur les
pistes de ski.

Au total, quelque 24'000 hectares de pistes sont aspergés d'environ 95
millions de m3 d'eau, a estimé Mme de Jong en marge de l'assemblée
générale de l'association des géographes européens. Cette quantité
correspond à la consommation d'eau d'une ville de 1,5 million
d'habitants, a-t-elle précisé.

Les coûts de l'enneigement se montent à 5 milliards de francs suisses,
selon la scientifique. Et ses conséquences pour l'environnement sont
déjà visibles: dans les Alpes françaises, le niveau d'eau des rivières
concernées a baissé en hiver de 70% par rapport aux années qui ont
précédé l'introduction des canons à neige.

Mme de Jong rejette par ailleurs les explications de la branche du
tourisme, selon lesquelles l'enneigement artificiel n'aurait aucun
impact sur l'environnement. A lui seul, ce type d'enneigement évapore
selon elle jusqu'à 30% de l'eau utilisée. La neige ainsi fabriquée ne
représente donc qu'une partie de l'eau utilisée.

Selon l'association Remontées mécaniques suisses (RMS), 19% des pistes
sont aujourd'hui enneigées artificiellement. Ce taux devrait même
augmenter à 40% d'ici 10 ans, a indiqué en janvier son porte-parole.

Le canon à neige est un procédé relativement coûteux qui utilise
beaucoup d'eau et beaucoup d'énergie pour apporter l'air et l'eau
jusqu'aux enneigeurs. Son impact sur l'environnement serait considérable.

Utilisé au départ en priorité pour assurer la sécurité des pistes avec
un enneigement suffisant, ce procédé est désormais généralisé en début
de saison, de manière à anticiper la période de ski, et en fin de saison
pour la prolonger. Mais avec le réchauffement climatique, il est
extrêmement sollicité...

Les canons à neige sont devenus l'une des cibles des associations
environnementales. Celles-ci soulignent que les canons consomment deux à
trois fois plus d'eau à l'hectare que le maïs, alors même que la
maïsiculture est réputée être une culture très dépensière en eau. En
2004, un rapport officiel indiquait que l'eau avalée chaque année par
les canons à neige en France représentait la consommation d'une ville de
170 000 habitants.

Les écologistes évoquent aussi des atteintes au paysage liées à la
multiplication de "retenues collinaires" artificielles gigantesques,
voire des risques pour la santé humaine.

Une nouvelle technique permettant de produire plus de neige et employée
depuis quelques années, utilise en effet une protéine extraite de
cultures de bactéries Pseudomonas syringae. Le produit s’appelle «
Snomax » et permet d’accélérer la cristallisation de l’eau. Le risque
est désormais réel, ce type d'addiditif pouvant être incorporé à l’eau
pour lui permettre de se transformer plus facilement en neige (même à
des températures légèrement positives) et de durer plus longtemps.
Pourtant, utiliser cette protéine dans le milieu naturel suscite des
polémiques car elle provient d’une bactérie. Elle est autorisée dans
certains pays mais interdite en France ou réglementée dans d’autres
(Autriche par exemple). Silices, cristaux d’argent ou protéines
bactériennes irradiées, difficile tout de même d'affirmer que l’impact
sur la nature sera négatif...
Néanmoins, sous la pression des professionnels de la montagne, ils
pourraient rapidement redevenir d’actualité... De leur côté, les élus
mettent en avant les impératifs économiques, les retombées en termes
d'emploi, et se défendent des accusations de pollution et de gaspillage
d'eau.

Selon l’Agence de l’eau Rhône Méditerranée Corse, sur 104 stations
françaises , en moyenne 15 % des surfaces skiables sont équipées, et la
consommation d’eau observée sur un an est d’environ 10 millions de m³,
en 2002. À titre de comparaison, Rennes, ville de 206000 habitants a une
consommation annuelle de 12 millions de m3....

Dans les massifs montagneux, une partie considérable de l'économie est
fondée sur l'exploitation de "l'or blanc". Or il est maintenant admis
que, avec le changement climatique, les stations de moyenne montagne
doivent s'attendre, à terme, à une baisse significative de
l'enneigement, fatale aux plus fragiles.

Elus, aménageurs, promoteurs et habitants sont donc face à un cruel
dilemme entre envisager une reconversion ou persévérer, envers et contre
tout, dans le ski qui a fait la fortune de ces montagnes. Les
possibilités de reconversion ne sont pas infinies, et sans doute moins
porteuses de retombées économiques que l'accueil de milliers de
touristes venus dévaler les pentes neigeuses. C'est pourquoi, faute de
pouvoir agir sur la météo, la tentation de la fuite en avant est forte
.... conduisant à un usage accru des canons pour conserver la clientèle.

L’enneigement artificiel ne cesse ainsi de progresser. En quelques
années, ce qui n’était présenté que comme une solution d’appoint est
devenue une véritable industrie.

La seule vraie contrainte pour les stations demeure la loi sur l'eau du
3 janvier 1992, qui oblige à laisser un certain débit réglementaire, et
interdit le prélèvement dans les ruisseaux ou les nappes en hiver. Mais
des affaires récentes prouvent que cette interdiction ne serait pas
toujours respectée ...

Sources : ats, AP, AFP, Les Echos, Valeur Ecologie

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Publié dans TOURISME

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